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 Adam de La Halle : "Le Roi de Sicile", Charles d'Anjou (1227-1285), frère de Saint Louis
Sun, 22 Jun 2008 16:40:00 +0000


Le Roi de Sicile

Charles d'Anjou (1227-1285)


I. Il faut regretter - c'est une honte pour les bons trouvères -
Qu'un bon sujet soit conté à l'envers ;
Car mieux on s'y connaît, plus on doit faire effort
Pour mettre en ordre ce qui est le plus digne des cours ;
Ce n'est pas celui qui améliore les strophes qui agit mal,
Mais celui qui les invente sans en savoir les règles.
Ce serait grand dommage, bêtise et folie
Si un si beau sujet, dont je ne me lasserai pas,
Demeurait comme il est, mal rimé à jamais.
Le sujet, c'est Dieu et les armes et les amours,
Le prince le plus brillant pour sa bravoure et ses m?urs
Qui jamais revêtît l'habit de chevalier
Et à qui échût le plus grand honneur sur terre,
Que Dieu et sa hardiesse et sa royale vigueur
Lui firent conquérir par sa prouesse au combat :
C'est le vaillant roi Charles, le seigneur des seigneurs,
Par qui la Foi a recouvré son état légitime,
Lui qui fut roi de Sicile, des Pouilles et d'ailleurs,
Marche sur les pas de ses ancêtres de sang royal
Et il est de la chevalerie le dieu et la fleur.

II. Vaillance avait bien sa place chez lui,
Car il était d'une nature on ne peut plus rare
En beauté et en force, en noblesse et distinction.
Il était le dernier de quatre frères qu'il me faut décrire.
Le premier était Louis, le roi de Saint-Denis,
Celui qui tant aima et glorifia la Sainte Église,
Par qui Damiette fut conquise sur les Sarrasins ;
Les autres le vaillant comte d'Artois qui fut à cette conquête,
Et le comte de Poitiers ; mais lui, à bien les considérer,
Les dépassait par ses entreprises, ses exploits et sa gloire.
Quel fléau fut sa vaillance pour les infidèles !
Avec ses ennemis il n'accepta pas de transaction,
Il n'en prit pas de rançon, mais il en prit justice,
Comme vous l'apprendrez avant que je ne lise beaucoup.
Sa hardiesse excite et soulève tant ses hommes
Qu'il ne peut rester en eux la moindre lâcheté.
En tout ce qu'il entreprit, il fut vainqueur.
Aucun autre que lui n'eut de plus beau dessein,
Car il avait donné aux armes la vigueur de son corps
Et son c?ur à Générosité, à Dieu et à Noblesse.

III. Et outre qu'il avait le c?ur et le corps d'un brave,
Nul ne vit jamais prince plus loyal que lui
Ni compagnon plus généreux
Ni qui honorât les dames d'un amour plus profond.
Et on le vit bien en maints pays :
Pour elles il usa chevaux, pourpre et soie.
Jeunesse après lui s'est toute dégradée,
Elle n'est plus que rapine, les gens n'ont pas de soutien.
Mais si Charles vivait encore au royaume de France,
On trouverait encore Roland et Perceval,
Si braves étaient ceux qu'il avait avec lui pour faire front,
Notre vaillant roi de Sicile, en maints combats mortels,
Car sa hardiesse sereine et naturelle faisait
De chacun d'eux un Olivier et un parfait chevalier.
Un tel homme a droit à gouverner terre et royaume d'Empire.
Il ne redoutait pas plus les coups que s'il avait été de métal.
Dans ses poings, son épée égalait Durandal.
Lui seul fut un dieu sur terre, il n'eut pas de supérieur,
Mais par humilité il fit de tous ses égaux.

IV. Vous m'avez entendu parler de sa valeur en général,
Elle va vous être à l'instant détaillée
Et, depuis sa naissance, déroulée en bon ordre.
Son éloge est si beau et si bien fondé
Qu'il doit chasser d'un c?ur bas la bassesse,
Pousser aux armes tout chevalier
Et soulever de joie c?ur d'amant et d'amante.
Je ne sais quels jongleurs l'avaient mis en pièces,
Mais moi, Adam d'Arras, je l'ai tout restauré ;
Et pour qu'on ne se trompe pas sur moi,
On m'appelle Bossu, mais je ne le suis pas !
C'eût été dommage si cette histoire avait péri,
Car j'y emploie si bien ma peine
Que - et c'est ce dont je suis sûr et certain -
Pour l'amour du roi, Dieu m'assistera :
Il l'aima et fit tant pour lui sa vie durant
Que je crois qu'il plaît à Dieu que j'aie commencé.
D'autre part, j'ai tant pris à c?ur ce travail
Que, j'en suis sûr, si on fendait mon c?ur en deux,
On y verrait représentée l'image du vaillant prince.

V. Charles le noble fut le plus jeune fils de son père,
Mais comme avril et mai sont entre tous les mois
Beaux et doux et aimables,
Charles fut le plus gracieux et le plus royal.
Ils furent tous fils de roi, Charles mieux que les autres !
Car au jour de sa naissance son père était déjà
A la tête du royaume, élu et sacré :
Il ne l'était pas quand il eut ses trois premiers fils.
Je parlerai de son enfance, c'en est bien ici le lieu.
Il fut un enfant aimable, gracieux et fin,
Soucieux de bien apprendre, craignant de mal faire,
Serviable, enjoué, prompt à servir,
Naturellement doué pour chasser avec chiens et oiseaux ;
Et cela ne l'empêchait pas de fréquenter les dames,
Au contraire Amour lui donnait le choix entre les plus belles.
Avant qu'il ne fût grand et adulte,
La hardiesse était dans ses yeux brillants et aimables.
Avant qu'il ne fût né, Dieu le consacra,
Car, à sa naissance, il portait la croix royale en homme
Qui serait le roi du monde après le roi des cieux.

Statue de Béatrice de Provence,
épouse de Charles d'Anjou


VI. Plus il grandit, plus sa réputation s'accrut
Et son nom vola bientôt en tous lieux.
Il se trouva qu'on en parla en Provence
Et que l'entendit celle qu'il eut ensuite pour épouse
Et qui était dame et héritière du pays,
Car selon l'usage du lieu l'héritage est à la plus jeune.
[La s?ur aînée fut la femme du roi Louis,]
Le vaillant frère de Charles dont je commence la vie,
La seconde avait été donnée au roi d'Angleterre,
La troisième au roi d'Allemagne : la belle progéniture !
Sur ces trois je ne m'attarderai pas plus.
La quatrième, qui n'était pas encore mariée,
Ne se serait jamais rassasiée d'entendre louer Charles
Et elle a pris tant de plaisir à écouter
Qu'elle se sent comme envoûtée,
Le c?ur joyeux, l'?il rieur, la pensée ailée.
Et Amour, qui trouva la porte ouverte,
Entra d'un bond ; alors elle fut enflammée de son amour.

VII. Alors elle ne fut pas en paix avant d'avoir vu Charles,
Car Amour et Désir la poussaient à savoir
Si la personne était à la hauteur de la réputation.
Et quand elle eut vu son allure et sa prestance,
Alors elle connut d'Amour des tourments plus cruels.
Jamais à son attitude ou à ses propos
Nul ne put le savoir, si proche fût-il d'elle,
Mais elle cachait en elle ses sentiments pour lui.
Hélas ! voilà pourquoi les c?urs féminins sont des voleurs :
On ne peut rien savoir de leur intention ;
Et nous, nous leur disons tout : quel partage inégal !
Elle vécut longtemps ainsi ; or, dans son pays,
Il y avait un comte puissant, nommé Raimond,
Qu'on voulait lui donner ; mais son c?ur disait non
Bien qu'elle fît par dignité bonne figure.
Un jour, elle ne peut plus se taire, elle prend un valet,
L'envoie chez son amant, piquant des deux ;
En quelques mots écrit elle lui a fait savoir
Comment elle s'est éprise de lui et qu'elle lui fait don
De sa personne, s'il veut bien l'arracher à Raimond.

VIII. La nouvelle s'était déjà répandue partout,
Disant quel c?ur, quelle force, quelle valeur
Avait le frère du roi, rien qu'à le voir.
Nature faisait redouter de tous sa personne
Avant même qu'on ne connût sa bravoure.
Quand il eut longuement étudié la lettre,
Il vit que la demoiselle voulait être sa dame.
Amour entre dans son c?ur, il est tout retourné,
Il frémit de désir et se remplit d'espoir,
Il prit des hommes, vint en Provence ; elle était en route
Pour être mariée malgré sa douleur et son chagrin.
Et quand l'enfant eut appris la nouvelle
Et reconnu le cortège nuptial dans la campagne
Et qu'il eut vu au milieu la jeune fille sur sa selle
Et celui qui croyait la tenir nue la nuit,
Ils équipent leurs chevaux et l'enfant d'abord pousse le cri ;
De loin, lance en arrêt, sans attendre de renfort,
Il les défie ; eux ont reconnu sa voix,
Ils fuient comme l'alouette devant l'épervier.
La jeune fille resta et il s'en saisit,
Lui contre qui on aurait eu du mal à la défendre !

IX. Alors qui aurait vu Charles revenir dans la joie
Et tous deux doucement s'apprivoiser,
Echanger de beaux propos, lancer de doux regards,
A la fin des fins s'embrasser et se donner des baisers,
Promettre et engager le reste
Par promesse de mariage et par serment,
Aurait pu guérir même d'une maladie mortelle !
Dès qu'ils parvinrent à Aix, dans le secret d'une église
Elle le prit pour époux et lui elle pour épouse,
Car ils avaient hâte de s'unir l'un à l'autre.
Alors Charles fit annoncer l'événement à son frère.
Ah ! si vous aviez vu la joie de Louis à le célébrer !
La reine elle-même préférait de beaucoup
Qu'il eût sa s?ur, plutôt qu'un autre chevalier ;
Elle fit célébrer la fête avec d'autant plus d'ardeur.
C'est ainsi que Charles commença à faire ses preuves,
Car il était si jeune qu'il n'avait pas encore fait d'exploit
A la guerre, quand il fit celui-là, son premier.
Si Amour l'assaillit jeune, il sut bien lui faire face :
C'est ainsi que dès son enfance on doit montrer sa valeur.

X. Au temps où Charles fit ce premier exploit,
Il n'était pas chevalier et n'avait pas de terres ;
Mais son frère, le roi, lui fit l'honneur
De lui donner bientôt le comté d'Anjou
Comme un domaine pour lequel il lui devait l'hommage,
Et il fit de lui un chevalier qui ensuite se donna
De tout c?ur aux armes pour multiplier les exploits.
Et en outre, il avait le c?ur si généreux
Et des façons si bonnes, si belles et si sages
Qu'on ne savait personne de son âge qui fût son égal.
Ni le mariage ni les mises en garde des gens
De sa parenté ne refroidirent son ardeur ;
Jour et nuit, dans le vent et la tempête,
Il allait de terre en terre accroître sa valeur.
Et chacun le suivait comme on suit la panthère sauvage ;
Et nul, pour le suivre, n'avait à mettre en gage sa terre,
Celui qui n'avait de quoi était de sa maison comtale
Où il avait au moins accès à sa table et au fourrage.
Tous les braves pouvaient faire appel à lui
Et, pour les loger, il payait si bien dépense et logement
Que nul ne s'en plaignait et ne subissait de tort.

XI. Sous les armes il avait une si belle allure,
Il était plus vif et ramassé qu'un oiseau sous ses plumes
Et plus assuré sur son cheval qu'une tour de château.
S'il participait à des tournois ou autres joutes,
Gardant le corps bien droit, les jambes agiles,
Il fonçait en piquant plus vite qu'une hirondelle
Si près qu'il éraflait harnais et bourrelets.
Sachez-le, le brave ne jouait pas à cache-cache,
Mais au plus grand tintin des épées sur les crânes.
Là où il voyait le plus de masses et de couteaux,
De heaumes défoncés et de museaux tranchés,
C'est là qu'était toujours le comte avec son enseigne royale,
Toujours frais et dispos pour prendre et donner des coups.
De son corps il faisait un épieu, de ses bras des fléaux
Et de son heaume une enclume, de ses épées des marteaux.
Il ne rapportait pas chez lui ses parures intactes.
Le plus souvent il s'employait à chasser le putois.
Hé ! Jean de Bailleul, noble et loyal chevalier,
Dieu ait pitié de vous ! Vous avez été de ceux-là,
On voyait encore sur vous la marque de ses coups.

XII. Il n'aurait jamais voulu défendre ou interdire
Fêtes, tournois ou jeux ; il les faisait organiser,
Faisait se réjouir les ménestrels, crier et hurler les hérauts.
Même les paysans aimaient l'avoir chez eux,
Et maintenant chacun veut interdire et supprimer les fêtes !
Grâce à lui, Amour était roi, lui qui ne sait où aller :
Si on aimait d'amour aussi noblement que lui,
Le monde serait bon et moins dur pour tous ;
Mais jamais deux contraires ne coexisteront :
Puisque Haine est reine, Amour n'a que faire ici.
Nul n'aime d'Amour, on fait semblant ;
A celui qui aimerait comme il se doit, ne pourrait plaire
Rien qui compromît son amante ou lui ;
C'est à l'?uvre qu'on voit l'ouvrier.
Mais on peut aujourd'hui conclure de bien des exemples
De quel amour on aime et qu'on joue en trichant ;
Les gens sont-ils heureux, ils ne peuvent se taire.
Aïe ! Charles, vaillant roi ! Comme on pourrait dire
Du bien de vos amours, et de tant d'actes exemplaires !
Un noble oiseau doit se dresser et gouverner à son modèle.

XIII. J'aurais tort de m'arrêter davantage
A ses exploits de jeunesse : j'ai tant à raconter.
De ses hauts faits sur terre et sur mer
Et aussi de Marseille qui crut possible de se rebeller
Par deux fois contre lui - il la soumit en punissant
Les uns d'exil, les autres de mort -,
J'aurais matière à vous conter et à faire son éloge.
Mais j'ai tant à dire d'un plus noble sujet
Que je dois passer vite sur les moins importants.
Vous avez sûrement entendu parler de l'empereur
Frédéric qui jadis fut condamné pour avoir agi
Contre Rome et la foi qu'il devait défendre.
Ils durent le payer, ses successeurs et lui.
Manfred, qui descendait de lui, crut pouvoir être roi
Comme il l'avait été, chercher querelle au pape
Et lever des impôts sur l'Église.
Le pape, qui a tout pouvoir de changer et transférer,
Lier et délier, absoudre et damner,
Se demanda comment il pourrait réparer cet affront ;
Il fit convoquer les cardinaux et les moines.

XIV. Quand ils rassemblés, le pape de soupirer
En rappelant comment Manfred les traite mal
Et que, malgré les mises en garde et l'interdit,
Il ne renonce pas à offenser Dieu, la foi et l'Église
Ni ne daigne leur offrir réparations ou excuses,
Malgré la condamnation de l'empereur, son père,
Raisons qui interdisent à Manfred le royaume et l'empire.
Aussi le pape leur conseilla qu'on fît vite écrire
Au bon comte d'Anjou - il ne pouvait mieux choisir -
Qu'il vînt les secourir avant que la situation se gâtât,
Et qu'il aurait la terre en cas de victoire.
Tous tombent d'accord sans contredit
Et ils choisissent des ambassadeurs capables
D'expliquer au mieux la situation et la lettre.
Mais on ne dit ni ne fait sur parchemin ou cire
Rien qui ne finisse par être ébruité.
Et quand Manfred le sut, il se mit à sourire d'orgueil
Et ne daigna faire mine d'en être irrité,
Car il n'imaginait pas, et ce fut sa perte,
Que le monde entier pût lui tenir tête.

XV. Manfred était un beau chevalier, brave et expérimenté,
Doté des plus belles qualités et galant homme :
Rien ne lui manquait, sauf la foi,
Mais ce manque est abominable chez un comte ou un roi.
En son pouvoir il avait comme seigneur de fait - contre le droit -
Le royaume de Sicile et les Pouilles en dépit
De la sainte Église unanime ; et il se moquait
De la venue du comte et de tous les Français ;
Il faisait surveiller les passages étroits
De sorte qu'on n'y trouvait de chevaux ou de palefrois
Qui ne fussent pris et retenus de force.
Ainsi espérait-il tenir en échec Charles
Et il ne se procurait ni hommes ni harnais,
Mais attendait le danger sans être plus sur ses gardes.
Mais un malheur ne vient jamais seul.
La guerre est autre chose que la science du droit ;
Souvent on triomphe par ruse d'un ennemi plus fort,
Ce que fit Charles qui aimait tant tournois et guerre
Qu'il en était alors tout imprégné.

XVI. Aussi fit-on appel à lui et fut-il élu
Entre tous pour une cause si noble.
La gloire distingue plus, puisqu'elle va loin et dure,
Que l'argent dont le propriétaire est incapable de briller.
Maudit soit l'argent qui déforme son maître,
Car c'est suivre les m?urs du coucou !
Avarice et Usure ont étendu leur royaume,
Ce sont les vices, comme l'atteste l'Ecriture,
Qui font disparaître toute vertu.
Ainsi maintenant le monde suit une mauvaise pente,
Car quand la tête est défaillante, il est inévitable
Que les membres sous elle aillent à leur perte.
Les princes manquent de mesure envers leurs sujets
Et les prélats envers leur foi : aussi la chrétienté serait
Privée de sécurité et souffrirait de grands outrages
Si Charles ne l'avait prise en charge, il y a longtemps !
Contre les infidèles il garda bien le pâturage ;
A lui seul il en fut pour nous la clé, la garde et la clôture.
Mais je vais revenir à ce que j'ai commencé,
Aux ambassadeurs du pape et à leur histoire.

XVII. Quand ils ont rempli leur mission et pris congé,
Ils sont retournés à Rome où on les attendait
Et revenus avant qu'on ne les espérât.
Sans s'arrêter ils sont allés directement au pape,
Ils lui ont baisé le pied comme ils le devaient
Et puis ils lui ont exposé la situation
Et, en parlant, chacun se louait de Charles
Et de l'accueil qu'il lui avait fait particulièrement.
Après, ils lui ont transmis la lettre qui contenait
La réponse et donnait la plus claire et la meilleure des garanties,
Car le vaillant comte y avait mis son propre sceau.
Le pape les reçut devant les cardinaux,
Il lut et en lisant il pleurait de joie
Et remerciait humblement Dieu du succès,
Et avec lui, chaque cardinal qui l'entendait lire.
Et parce qu'il voulait que ce magnifique secours
Qui devait lui arriver donnât courage au peuple,
Il le fit connaître de tous et il leur prêchait
De persévérer à soutenir son entreprise.
Pendant ce temps, de son côté, le comte se préparait.

XVIII. Il prend des hommes à lui, de ses familiers,
Messire Jacques Antelme en qui il avait confiance
Et d'autres de valeur, d'expérience et de courage ;
Il les envoie à Rome pour qu'on attende sa propre venue
Avec plus de confiance et pour qu'ils administrent
Le pays pendant qu'il faisait ses préparatifs ;
Et il a fait savoir aux Romains, en toute assurance,
Le jour où il arriverait à coup sûr,
Tout cela pour les rassurer et leur ôter toute inquiétude.
Alors ils ont quitté le comte, non sans crainte
De Manfred qui faisait surveiller les passages partout
Avec de gros moyens ; mais, pour ne pas être aperçus,
Ils partirent par mer et un bon vent les poussa
Jusqu'à leur arrivée à Rome, sans incident.
Ils furent reçus avec beaucoup d'honneurs.
Ils font tout ce que le comte leur avait confié.
Désormais les Romains ne doutent plus
De la venue du comte, mais respectent l'alliance
Dans le pays avec ses gens, cela pour signifier
Qu'ils tiennent pour leur seigneur le fils du roi de France.

XIX. Aussi il est fou celui qui veut se marier
Et qui ne prend garde au commencement à qui il s'unit ;
Car il vaut mieux choisir une personne belle et noble
Qui ait sagesse, vaillance et intelligence,
Si peu qu'elle ait de richesse, plutôt qu'un corps laid et fortuné.
Car la sagesse attire richesse et amis ;
Mais valeur et sagesse ne s'achètent ni ne se vendent,
Ce que démontre Charles qui fut d'abord
Un simple comte, puis un roi. Il attend encore plus,
Car plus que tout il a valeur, sagesse et hardiesse
Et Dieu est son secours, lui à qui nul ne se compare,
Car tout ce qui arrive sous le firmament
Vient du pouvoir et du consentement de Dieu.
On dit que, s'il arrive à quelqu'un bien ou mal,
Cela dépend de sa chance ; mais qui dit cela ment :
Les vengeances de Dieu sont si secrètes
Qu'il nous arrive bien ou mal selon notre comportement.
C'est parce que Charles a agi selon l'enseignement
De Dieu et de l'Eglise qu'il est arrivé où il voulait.
Que Dieu veuille l'aider dans son entreprise !

Fin du Roi de Sicile


Adam de La Halle, Le Roi de Sicile, dans Oeuvres complètes (seconde moitié du XIIIe siècle) - (traduction par Pierre-Yves Badel)


Tombeau de Charles Ier de Sicile à la Basilique de Saint-Denis


 Louis Alphonse de Bourbon, duc d'Anjou, dit Louis XX, sur France 2
Thu, 12 Jun 2008 21:47:00 +0000

Louis Alphonse de Bourbon, duc d'Anjou, aîné des Capétiens et héritier légitime des rois de France, connu également sous le nom de Louis XX, s'est vu consacrer quelques instants lors du JT de 13 heures sur France 2 le 12 juin 2008. Il a honoré de sa présence une réception à l'occasion de la sortie d'un ouvrage écrit par Daniel de Montplaisir : Le comte de Chambord : Dernier roi de France

 Adam de la Halle : deux chansons à la Vierge Marie
Tue, 10 Jun 2008 17:43:00 +0000

Parmi une bonne trentaine de chansons qui ont pour thème l'amour courtois, Adam de la Halle ne renonce pas tout à fait à des préoccupations moins mondaines pour prier dans deux de ces chansons la Vierge Marie de ne pas lui tenir trop rigueur de ses aspirations amoureuses. Le corps est perçu comme le vecteur privilégié par lequel l'Ennemi assiège l'homme et le perd tandis que la Vierge Marie dispense cet amour parfait qui conduit au Pardon et à la délivrance.



***

Glorieuse Vierge Marie,
Puisque votre service m'est cher
Et que vous remplissez mon c?ur,
Je ferai un chant nouveau pour vous,
Moi qui chante en homme qui implore
Secours pour sa folle conduite ;
Car je paierai cher mes plaisirs
Quand aura lieu l'appel pour le Jugement,
Si vous n'êtes munie d'arguments en ma faveur.

Nul n'aura envie de rire :
Que le jeune homme ne se croie pas à l'abri !
Car l'ignorance n'excuse pas
Les péchés qu'on fait aux fêtes.
Chacun rendra compte de sa vie.
Ah ! noble dame souveraine,
Soyez-moi couverture et manteau,
A moi qui suis si prompt à faire le mal
Et ai par vanité mis en gage mon âme.

Douce dame élevée en gloire,
Fontaine et ruisseau de douceur,
Reine de lignée royale,
Il faut vous souvenir de ceux
Qui doivent vous servir :
Que l'Ennemi par traîtrise
N'en soit le seigneur et maître !
Avec beaucoup de flèches empoisonnées
Il guette vos gens pour les frapper à mort.

Avec Orgueil il a frappé les clercs
Et avec de bons morceaux les Jacobins,
Car Gourmandise règne sur eux ;
Mais il épargne ceux de Cîteaux.
Il a frappé avec Envie moines et abbés
Et les chevaliers avec Brigandage :
Il compte bien nous prendre à la pelle.
Le rapace a encore fait pis :
Avec Luxure il a blessé tout le monde.

Priez votre doux fils qu'il ramène
En bon berger ses agneaux !
Pour vous il fera beaucoup :
Vous avez été pour lui un vase sans tache.
De ceux qui vous ont affligée
Et se repentent de leur folie,
Faites vôtre le fardeau.
Soyez pour eux un fort et un château
Quand l'Ennemi se lance à leur assaut !

***

Qui a aimé une jeune fille ou une dame
- Amour qui n'est que mensonge et vent -
Sait bien comment
La Vierge doit être honorée,
Elle dont on attend une meilleure solde
Si l'on comprend bien cet argument ;
Car une image qu'on voit et sent
Rappelle à l'esprit toute chose.

Plus que de quiconque on doit
S'étonner de certains
Qui sont très éloquents
Envers la chair humaine fardée
Et pensent absolument
Et si follement à elle
Qu'ils ne pensent pas à vous, dame,
Qui êtes plus belle que cent.

Dame par qui la joie est donnée
En héritage à celui
Qui ne la dépense pas en péchant,
Elle est bien guidée
Par une avocate sans tache, l'âme
Pour qui vous voulez doucement
Prier votre doux fruit
Qui vous aime du fond du c?ur.

Mon âme a bien lieu de se désoler,
Elle qui voudrait vivre saintement,
Quand le corps par qui elle devrait
Être préservée ne songe qu'à des vanités.
Dame, mettez fin à ce combat !
Le corps a trop d'audace.
L'affaire est si mal engagée
Que l'âme s'en ressent très vite.

Noble reine couronnée
Qui donnez sans réserve votre amour,
Grâce pour ma folle conduite !
Et si elle vous est demandée bien tard
A cause de mes vaines fréquentations
Et de mauvais conseils,
Ne consentez pas, dame redoutée,
A ce que tourne à mon dommage ce retard !

Je vous ai invoquée, dame,
Parce que je n'espère pas de salut
Si ma prière est rejetée
Par vous en qui le pécheur espère.


Adam de la Halle, Chansons, dans Oeuvres complètes (seconde moitié du XIIIe siècle) - (traduction par Pierre-Yves Badel)


 "A monseigneur le duc de Bourgogne", par Jean de La Fontaine
Mon, 26 May 2008 13:02:00 +0000

A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE

Louis de Bourbon, duc de Bourgogne,
dauphin de France (1682-1712)


MONSEIGNEUR,

Je ne puis employer pour mes fables de protection qui me soit plus glorieuse que la vôtre. Ce goût exquis et ce jugement si solide que vous faites paraître dans toutes choses au-delà d'un âge où à peine les autres princes sont-ils touchés de ce qui les environne avec le plus d'éclat, tout cela, joint au devoir de vous obéir et à la passion de vous plaire, m'a obligé de vous présenter un ouvrage dont l'original a été l'admiration de tous les siècles aussi bien que celle de tous les sages. Vous m'avez même ordonné de continuer ; et, si vous me permettez de le dire, il y a des sujets dont je vous suis redevable et où vous avez jeté des grâces qui ont été admirées de tout le monde. Nous n'avons plus besoin de consulter ni Apollon ni les Muses, ni aucune des divinités du Parnasse : elles se rencontrent toutes dans les présents que vous a faits la nature, et dans cette science de bien juger des ouvrages de l'esprit, à quoi vous joignez déjà celle de connaître toutes les règles qui y conviennent. Les fables d'Esope sont une ample matière pour ces talents ; elles embrassent toutes sortes d'événements et de caractères. Ces mensonges sont proprement une manière d'histoire où on ne flatte personne. Ce ne sont pas choses de peu d'importance que ces sujets. Les animaux sont les précepteurs des hommes dans mon ouvrage. Je ne m'étendrai pas davantage là-dessus : vous voyez mieux que moi le profit qu'on en peut tirer. Si vous vous connaissez maintenant en orateurs et en poètes, vous vous connaîtrez encore mieux quelque jour en bons politiques et en bons généraux d'armée ; et vous vous tromperez aussi peu aux choix des personnes qu'au mérite des actions. Je ne suis pas d'un âge à espérer d'en être témoin. Il faut que je me contente de travailler sous vos ordres. L'envie de vous plaire me tiendra lieu d'une imagination que les ans ont affaiblie. Quand vous souhaiterez quelque fable, je la trouverai dans ce fonds-là. Je voudrais bien que vous y puissiez trouver des louanges dignes du monarque qui fait maintenant le destin de tant de peuples et de nations, et qui rend toutes les parties du monde attentives à ses conquêtes, à ses victoires, et à la paix qui semble se rapprocher, et dont il impose les conditions avec toute la modération que peuvent souhaiter nos ennemis. Je me le figure comme un conquérant qui veut mettre des bornes à sa gloire et à sa puissance, et de qui on pourrait dire, à meilleur titre qu'on ne l'a dit d'Alexandre, qu'il va tenir les États de l'univers, en obligeant les ministres de tant de princes de s'assembler pour terminer une guerre qui ne peut être que ruineuse à leurs maîtres. Ce sont des sujets au-dessus de nos paroles : je les laisse à de meilleures plumes que la mienne, et suis avec un profond respect,
MONSEIGNEUR,

Votre très humble, très obéissant,
et très fidèles serviteur,

DE LA FONTAINE

***

LES COMPAGNONS D'ULYSSE

A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE

Prince, l'unique objet du soin des Immortels,
Souffrez que mon encens parfume vos autels.
Je vous offre un peu tard ces présents de ma Muse ;
Les ans et les travaux me serviront d'excuse.
Mon esprit diminue, au lieu qu'à chaque instant
On aperçoit le vôtre aller en augmentant :
Il ne va pas, il court, il semble avoir des ailes.
Le héros dont il tient des qualités si belles
Dans le métier de Mars brûle d'en fait autant :
Il ne tient pas à lui que, forçant la victoire,
Il ne marche à pas de géant
Dans la carrière de la gloire.
Quelque dieu le retient (c'est notre souverain),
Lui qu'un mois a rendu maître et vainqueur du Rhin ;
Cette rapidité fut alors nécessaire ;
Peut-être elle serait aujourd'hui téméraire.
Je m'en tais : aussi bien les Ris et les Amours
Ne sont pas soupçonnés aimer les longs discours.
De ces sortes de dieux votre cour se compose :
Ils ne vous quittent point. Ce n'est pas qu'après tout
D'autres divinités n'y tiennent le haut bout :
Le Sens et la Raison y règlent toute chose.
Consultez ces derniers sur un fait où les Grecs,
Imprudents et peu circonspecs,
S'abandonnèrent à des charmes
Qui métamorphosaient en bêtes les humains.
Les compagnons d'Ulysse, après dix ans d'alarmes,
Erraient au gré du vent, de leur sort incertains.
Ils abordèrent un rivage
Où la fille du dieu du jour,
Circé, tenait alors sa cour.
Elle leur fit prendre un breuvage
Délicieux, mais plein d'un funeste poison.
D'abord ils perdent la raison ;
Quelques moments après, leur corps et leur visage
Prennent l'air et les traits d'animaux différents :
Les voilà devenus ours, lions, éléphants ;
Les uns sous une masse énorme,
Les autres sous une autre forme ;
Il s'en vit de petits : EXEMPLUM, UT TALPA.
Le seul Ulysse en échappa ;
Il sut se défier de la liqueur traîtresse.
Comme il joignait à la sagesse
La mine d'un héros et le doux entretient,
Il fit tant que l'enchanteresse
Prit un autre poison peu différent du sien.
Une déesse dit tout ce qu'elle a dans l'âme :
Celle-ci déclara sa flamme.
Ulysse était trop fin pour ne pas profiter
D'une pareille conjoncture :
Il obtint qu'on rendrait à ces Grecs leur figure.
"Mais la voudront-ils bien, dit la Nymphe, accepter ?
Allez le proposer de ce pas à la troupe."
Ulysse y court, et dit : "L'empoisonneuse coupe
A son remède encore ; et je viens vous l'offrir :
Chers amis, voulez-vous hommes redevenir ?
On vous rend déjà la parole."
Le Lion dit, pensant rugir :
"Je n'ai pas la tête si folle ;
Moi renoncer aux dons que je viens d'acquérir !
J'ai griffe et dent, et mets en pièces qui m'attaque.
Je suis roi : deviendrai-je un citadin d'Ithaque !
Tu me rendras peut-être encor simple soldat :
Je ne veux point changer d'état."
Ulysse du Lion court à l'Ours : "Eh ! mon frère,
Comme te voilà fait ! je t'ai vu si joli !
- Ah ! vraiment nous y voici,
Reprit l'Ours à sa manière :
Comme me voilà fait ? comme doit être un ours.
Qui t'a dit qu'une forme est plus belle qu'une autre ?
Est-ce à la tienne à juger de la nôtre ?
Je me rapporte aux yeux d'une Ourse mes amours.
Te déplais-je ? va-t'en ; suis ta route et me laisse.
Je vis libre, content, sans nul soin qui me presse ;
Et te dis tout net et tout plat :
Je ne veux point changer d'état."
Le prince grec au Loup va proposer l'affaire ;
Il lui dit, au hasard d'un semblable refus :
"Camarade, je suis confus
Qu'une jeune et belle bergère
Conte aux échos les appétits gloutons
Qui t'ont fait manger ses moutons.
Autrefois on t'eût vu sauver sa bergerie :
Tu menais une honnête vie.
Quitte ces bois, et redeviens,
Au lieu de loup, homme de bien.
- En est-il ? dit le Loup : pour moi, je n'en vois guère.
Tu t'en viens me traiter de bête carnassière ;
Toi qui parles, qu'es-tu ? N'auriez-vous pas, sans moi,
Mangé ces animaux que plaint tout le village ?
Si j'étais homme, par ta foi,
Aimerais-je moins le carnage ?
Pour un mot quelquefois vous vous étranglez tous :
Ne vous êtes-vous pas l'un à l'autre des loups ?
Tout bien considéré, je te soutiens en somme
Que, scélérat pour scélérat,
Il vaut mieux être un loup qu'un homme :
Je ne veux point changer d'état."
Ulysse fit à tous une même semonce.
Chacun d'eux fit même réponse,
Autant le grand que le petit.
La liberté, les bois, suivre leur appétit,
C'était leurs délices suprêmes ;
Tous renonçaient au lôs des belles actions.
Ils croyaient s'affranchir suivant leurs passions,
Ils étaient esclaves d'eux-mêmes.
Prince, j'aurais voulu vous choisir un sujet
Où je pusse mêler le plaisant à l'utile :
C'était sans doute un beau projet
Si ce choix eût été facile.
Les compagnons d'Ulysse enfin se sont offerts :
Ils sont force pareils en ce bas univers,
Gens à qui j'impose pour peine
Votre censure et votre haine.

***

LE CHAT ET LES DEUX MOINEAUX

A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE

Un Chat, contemporain d'un fort jeune Moineau,
Fut logé près de lui dès l'âge du berceau :
La cage et le panier avaient même pénates ;
Le Chat était souvent agacé par l'oiseau :
L'un s'escrimait du bec, l'autre jouait des pattes.
Ce dernier toutefois épargnait son ami.
Ne le corrigeant qu'à demi,
Il se fût fait un grand scrupule
D'armer de pointes sa férule.
Le Passereau, moins circonspec,
Lui donnait force coups de bec.
En sage et discrète personne,
Maître Chat excusait ces jeux :
Entre amis, il ne faut jamais qu'on s'abandonne
Aux traits d'un courroux sérieux.
Comme ils se connaissaient tous deux dès leur bas âge,
Une longue habitude en paix les maintenait ;
Jamais en vrai combat le jeu ne se tournait :
Quand un Moineau du voisinage
S'en vint les visiter, et se fit compagnon
Du pétulant Pierrot et du sage Raton ;
Entre les deux oiseaux il arriva querelle ;
Et Raton de prendre parti :
"Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle,
D'insulter ainsi notre ami !
Le Moineau du voisin viendra manger le nôtre !
Non, de par tous les chats !" Entrant lors au combat,
Il croque l'étranger. "Vraiment, dit maître Chat,
Les moineaux ont un goût exquis et délicat !"
Cette réflexion fit aussi croquer l'autre.
Quelle morale puis-je inférer de ce fait ?
Sans cela, toute fable est un ?uvre imparfait.
J'en crois voir quelques traits ; mais leur ombre m'abuse.
Prince, vous les aurez incontinent trouvés :
Ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma Muse :
Elle et ses s?urs n'ont pas l'esprit que vous avez.

***

A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE,

QUI AVAIT DEMANDE A M. DE LA FONTAINE UNE FABLE
QUI FÛT NOMMEE

le Chat et la Souris.


Pour plaire au jeune Prince à qui la Renommée
Destine un temple en mes écrits,
Comment composerai-je une fable nommée
Le Chat et la Souris ?

Dois-je représenter dans ces vers une belle
Qui, douce en apparence, et toutefois cruelle,
Va se jouant des c?urs que ses charmes ont pris
Comme le Chat de la Souris ?

Prendrai-je pour sujet les jeux de la Fortune ?
Rien ne lui convient mieux : et c'est chose commune
Que de lui voir traiter ceux qu'on croit ses amis
Comme le Chat fait la Souris.

Introduirai-je un Roi qu'entre ses favoris
Elle respecte seul, Roi qui fixe sa roue,
Qui n'est point empêché d'un monde d'ennemis,
Et qui des plus puissants, quand il lui plaît, se joue
Comme le Chat de la Souris ?

Mais insensiblement, dans le tour que j'ai pris,
Mon dessein se rencontre ; et, si je ne m'abuse,
Je pourrais tout gâter par de plus longs récits :
Le jeune Prince alors se jouerait de ma Muse
Comme le Chat de la Souris.

Jean de La Fontaine : Fables


 Nadine Morano contre la famille chrétienne
Sun, 18 May 2008 18:21:00 +0000



La nomination de quelqu'un comme Nadine Morano à la famille, domaine dans lequel on se serait plutôt attendu à trouver quelqu'un comme Christine Boutin, m'apparaît comme une énième provocation du président Nicolas Sarkozy, en ce sens qu'élu grâce à une campagne menée à droite et non au centre, il ne cesse de multiplier les signaux à gauche. Comment interpréter sinon comme une provocation, un bras d'honneur aux électeurs bien à droite, la mission d'une femme dont les positions en faveur des dites "familles homoparentales" sont de notoriété publique ?

Dans la vidéo ci-dessus, extraite de l'émission de Ruquier du 10 mai, on ne s'étonne donc pas de voir Eric Naulleau boire du petit lait quand Nadine Morano se réclame du gaullisme et de la "justice sociale" pour justifier sa vision de la famille, qui va pour le moins à l'encontre de la famille chrétienne et donc de l'unité sociale de base de la société française traditionnelle. En dehors du fait que Morano place une hypothétique justice sociale au-delà de toute question morale, ce qui est assez fort quand on a affaire au domaine familial - et qui montre bien comment le social a supplanté le moral comme référent transcendant -, je vois personnellement surtout une attitude profondément libérale dans son attitude, puisque son laisser-faire opère sous couvert de pragmatisme. A l'écouter, les familles homoparentales existent, donc elles seraient légitimes, ce qui n'est pas autre chose que dire l'impuissance totale du politique et sa séparation parfaite du monde moral le plus élémentaire. Ce que Morano appelle de l'hypocrisie chez Eric Zemmour, c'est le devoir de l'Etat de ne pas légiférer sur des cas particuliers qui s'ils existent bel et bien n'ont pas vocation à être reconnus, pour la simple et bonne raison qu'ils entrent en concurrence morale avec la norme de la société française traditionnelle. Non, tout ce qui existe n'a pas vocation à être reconnu ni même encouragé par l'Etat.

Il faut aller plus loin et reconnaître que ce socialisme (la "justice sociale"), et non gaullisme, et ce libéralisme (la gestion de ce qui existe sans aucune réflexion morale et, somme toute, politique, puisque le politique a vocation à organiser la cité) revendiqués par Morano sont les deux facettes destructrices de la société française héritées de la Révolution française. Le socialisme est particulièrement perceptible dans la volonté de satisfaire toutes les revendications d'où qu'elles proviennent sans prendre la peine d'examiner leur légitimité morale ; l'appel fait au "droit de l'enfant" (on aurait pu parler tout aussi bien du "droit à l'enfant" qui ne saurait tarder dans cette logique) est tout à fait symptomatique quand on mélange le désir d'enfant de couples (et non de familles) non naturelles et le prétexte de défendre un enfant qui n'a rien demandé. Justement, l'aspect libéral est tout à fait lié à cette attitude quand on prend pour base de son attitude politique non pas le groupe famille - dont on ne veut plus se demander la définition puisqu'elle serait par trop gênante - mais l'individu. La famille chez Morano, ce n'est pas un père, une mère et des enfants, mais une association libre d'individus qui, s'ils revendiquent le titre de famille, y ont forcément droit par "justice sociale", par vision égalitariste. Ainsi, l'héritage révolutionnaire travaille à plein : il s'agit d'un égalitarisme forcené travaillant au service de l'atomisation individualiste de la société traditionnelle en vertu de l'idéologie nihiliste de la République. La famille chrétienne ne peut donc être, pour les gens comme Morano et sa famille politique, qu'un reliquat gênant et encombrant.


 "Pour monseigneur le duc du Maine", par Jean de La Fontaine
Sun, 18 May 2008 17:24:00 +0000

Le duc du Maine (1670-1736), fils de Louis XIV et de madame de Montespan légitimé en 1673, est âgé de neuf ans au moment où La Fontaine écrit cette fable. On reconnaîtra dans Jupiter et son fils, évidemment, Louis XIV et le duc du Maine.

Louis Auguste de Bourbon, duc du Maine


POUR MONSEIGNEUR LE DUC DU MAINE


Jupiter eut un fils, qui, se sentant du lieu
Dont il tirait son origine,
Avait l'âme toute divine.
L'enfance n'aime rien : celle du jeune dieu
Faisait sa principale affaire
Des doux soins d'aimer et de plaire.
En lui l'amour et la raison
Devancèrent le temps, dont les ailes légères
N'amènent que trop tôt, hélas ! chaque saison.
Flore aux regards riants, aux charmantes manières,
Toucha d'abord le c?ur du jeune Olympien.
Ce que la passion peut inspirer d'adresse,
Sentiments délicats et remplis de tendresse,
Pleurs, soupirs, tout en fut : bref, il n'oublia rien.
Le fils de Jupiter devait, par sa naissance,
Avoir un autre esprit, et d'autres dons des Cieux,
Que les enfants des autres Dieux :
Il semblait qu'il n'agît que par réminiscence,
Et qu'il eut autrefois fait le métier d'amant,
Tant il le fit parfaitement !
Jupiter cependant voulut le faire instruire.
Il assembla les Dieux, et dit : "J'ai su conduire
Seul et sans compagnon jusqu'ici l'univers ;
Mais il est des emplois divers
Qu'aux nouveaux dieux je distribue.
Sur cet enfant chéri j'ai donc jeté la vue :
C'est mon sang ; tout est plein déjà de ses autels.
Afin de mériter le rang des Immortels,
Il faut qu'il sache tout." Le maître du tonnerre
Eut à peine achevé, que chacun applaudit.
Pour savoir tout, l'enfant n'avait que trop d'esprit.
"Je veux, dit le Dieu de la guerre,
Lui montrer moi-même cet art
Par qui maints héros ont eu part
Aux honneurs de l'Olympe, et grossi cet empire.
- Je serai son maître de lyre,
Dit le blond et docte Apollon.
- Et moi, reprit Hercule à la peau de lion,
Son maître à surmonter les vices,
A dompter les transports, monstres empoisonneurs,
Comme hydres renaissants sans cesse dans les c?urs :
Ennemi des molles délices,
Il apprendra de moi les sentiers peu battus
Qui mènent aux honneurs sur les pas des vertus."
Quand ce vint au Dieu de Cythère,
Il dit qu'il lui montrerait tout.

L'Amour avait raison : de quoi ne vient à bout
L'esprit joint au désir de plaire ?

Jean de La Fontaine : Fables


 "A madame de Montespan", par Jean de La Fontaine
Thu, 08 May 2008 12:55:00 +0000

Pierre Mignard, Françoise-Athénaïs de Rochechouart,
marquise de Montespan (1641-1707)



A MADAME DE MONTESPAN


L'apologue est un don qui vient des Immortels ;
Ou si c'est un présent des hommes,
Quiconque nous l'a fait mérite des autels :
Nous devons, tous tant que nous sommes,
Eriger en divinité
Le Sage par qui fut ce bel art inventé.
C'est proprement un charme : il rend l'âme attentive,
Ou plutôt il la tient captive,
Nous attachant à des récits
Qui mènent à son gré les c?urs et les esprits.
Ô vous qui l'imitez, Olympe, si ma Muse
A quelquefois pris place à la table des Dieux,
Sur ses dons aujourd'hui daignez porter les yeux ;
Favorisez les jeux où mon esprit s'amuse.
Le temps, qui détruit tout, respectant votre appui,
Me laissera franchir les ans dans cet ouvrage :
Tout auteur qui voudra vivre encore après lui
Doit s'acquérir votre suffrage.
C'est de vous que mes vers attendent tout leur prix :
Il n'est beauté dans nos écrits
Dont vous ne connaissiez jusques aux moindres traces.
Eh ! qui connaît que vous les beautés et les grâces ?
Paroles et regards, tout est charme dans vous.
Ma Muse, en un sujet si doux,
Voudrait s'étendre davantage ;
Mais il faut réserver à d'autres cet emploi ;
Et d'un plus grand maître que moi
Votre louange est le partage.
Olympe, c'est assez qu'à mon dernier ouvrage
Votre nom serve un jour de rempart et d'abri ;
Protégez désormais le livre favori
Par qui j'ose espérer une seconde vie ;
Sous vos seuls auspices, ces vers
Seront jugés, malgré l'envie,
Dignes des yeux de l'univers.
Je ne mérite pas une faveur si grande ;
La fable en son nom la demande :
Vous savez quel crédit ce mensonge a sur nous.
S'il procure à mes vers le bonheur de vous plaire,
Je croirai lui devoir un temple pour salaire :
Mais je ne veux bâtir des temples que pour vous.

Jean de La Fontaine : Fables


 "Le renard, le singe ou les animaux", ou critique de l'élection du chef de l'Etat, par Jean de La Fontaine
Sat, 03 May 2008 13:10:00 +0000

Cette fable m'apparaît comme étonnamment moderne en ce sens qu'elle semble écrite tout spécialement pour critiquer le mode d'élection du chef de l'État de la Ve République. L'espèce de l'animal à qui échoit la couronne est tout à fait significative de ce point de vue : c'est un singe ! Or ce singe est choisi par ses comparses les animaux parce qu'il a su les divertir, capter leur attention par l'entremise de grimaces et autres singeries. Ces singeries s'appellent dans notre société politique contemporaine une campagne électorale, qui a pour ambition de faire de fausses promesses qu'on sait ne pas pouvoir tenir pour contenter le peuple et lui rendre le sourire... pour un temps seulement ! Le renard symbolise quant à lui, autant qu'un rival qui peut être un traître de son propre camp, l'opposition, etc., le peuple qui est prêt à se défaire de son chef élu dès lors que la lune de miel électorale aura perdu de son aura mystificatrice. Cette élection faite de haine et d'amour renvoie au problème soulevé par la légitimité perdue : le suffrage populaire ne paraît à personne légitime parce qu'on juge toujours que le président est celui d'un camp ou qu'il nous doit quelque chose, à nous personnellement, parce qu'on a voté pour lui - et d'autant plus dans le cas contraire ! La vraie légitimité royale avait pour avantage d'appartenir au roi de France et non des Français, un roi qu'on ne choisissait pas mais que la tradition - et donc Dieu puisqu'il la valide par le sacre - désignait. Le roi n'usurpait pas la confiance du peuple par des singeries électorales, mais avait tout intérêt à ?uvrer pour son bonheur et pour le bien commun de la France puisqu'il avait à transmettre son patrimoine à son héritier. Ajoutons à cela, puisque la fin de la fable pose le problème de la capacité du monarque, que le roi est formé dès son plus jeune âge à son noble métier et qu'il ne poursuit pas l'ambition personnelle, ni celle d'un camp, mais la gloire de son pays dont il est l'incarnation légitime et naturelle.


LE RENARD, LE SINGE ET LES ANIMAUX

Les Animaux, au décès d'un Lion,
En son vivant prince de la contrée,
Pour faire un roi s'assemblèrent, dit-on.
De son étui la couronne est tirée :
Dans une chartre un dragon la gardait.
Il se trouva que, sur tous essayée,
A pas un d'eux elle ne convenait :
Plusieurs avaient la tête trop menue,
Aucuns trop grosse, aucuns même cornue.
Le Singe aussi fit l'épreuve en riant ;
Et par plaisir la tiare essayant,
Il fit autour force grimaceries,
Tours de souplesse, et mille singeries,
Passa dedans ainsi qu'en un cerceau.
Aux Animaux cela sembla si beau,
Qu'il fut élu : chacun lui fit hommage.
Le Renard seul regretta son suffrage,
Sans toutefois montrer son sentiment.
Quand il eut fait son petit compliment,
Il dit au Roi : "Je sais, Sire, une cache,
Et ne crois pas qu'autre que moi la sache.
Or tout trésor, par droit de royauté,
Appartient, Sire, à Votre Majesté."
Le nouveau roi bâille après la finance ;
Lui-même y court pour n'être pas trompé.
C'était un piège : il y fut attrapé.
Le Renard dit, au nom de l'assistance :
"Prétendrais-tu nous gouverner encor,
Ne sachant pas te conduire toi-même ?"
Il fut démis ; et l'on tomba d'accord
Qu'à peu de gens convient le diadème.

Jean de La Fontaine : Fables


 La grandeur des Rois de France
Sat, 03 May 2008 12:28:00 +0000

"La république n'atteindra jamais la grandeur des Rois de France."


"Les Rois ont fait la France, elle se défait sans Roi !"


 "Le lion s'en allant en guerre", ou le bon sens du roi, par Jean de La Fontaine
Thu, 01 May 2008 13:56:00 +0000

Cette fable, qui dans le contexte de l'époque fait songer au départ pour la guerre des troupes de Louis XIV, pointe de façon plus générale une des qualités essentielles que ne doit pas manquer d'acquérir un roi ; celle qui consiste à avoir le sens de l'observation et ainsi la faculté de bien s'entourer et de tirer parti de toutes les ressources du royaume.



LE LION S'EN ALLANT EN GUERRE

Le Lion dans sa tête avait une entreprise :
Il tint conseil de guerre, envoya ses prévôts,
Fit avertir les animaux.
Tous furent du dessein, chacun selon sa guise :
L'Eléphant devait sur son dos
Porter l'attirail nécessaire,
Et combattre à son ordinaire ;
L'Ours, s'apprêter pour les assauts ;
Le Renard, ménager de secrètes pratiques ;
Et le Singe, amuser l'ennemi par ses tours.
"Renvoyez, dit quelqu'un, les Ânes, qui sont lourds,
Et les Lièvres, sujets à des terreurs paniques.
- Point du tout, dit le Roi ; je les veux employer :
Notre troupe sans eux ne serait pas complète.
L'Âne effraiera les gens, nous servant de trompette ;
Et le Lièvre pourra nous servir de courrier."

Le monarque prudent et sage
De ses moindres sujets sait tirer quelque usage,
Et connaît les divers talents.
Il n'est rien d'inutile aux personnes de sens.

Jean de La Fontaine : Fables


 Tableaux de Louis XIV (1638-1715), roi de France et de Navarre, dit Louis le Grand et le Roi Soleil
Wed, 30 Apr 2008 14:05:00 +0000

Charles Meynier, La naissance de Louis XIV, sujet allégorique

Anonyme, Louis XIV et la dame Longuet de la Giraudière

Anonyme, Louis XIV et Anne d'Autriche

Anonyme, Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715)

Anonyme, Françoise de Souvré, marquise de Lansac, et les enfants de France

Anonyme, Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715)

Henri Testelin, Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715)

Henri Testelin, Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715)

Jean de Saint-Igny, Portrait équestre du jeune Louis XIV partant pour la chasse

Anonyme, Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715)

Charles Le Brun, Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715)

Anonyme, Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715)

René Antoine Houasse, Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715)

Pierre Mignard (école), Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715)

Henri Testelin, Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715)

Anonyme, Portrait de Louis XIV

Pierre Mignard, Portrait de Louis XIV

Henri René Houasse, Louis XIV (Saint Germain en Laye 1638-Versailles 1715)

Jean Nocret, Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715)

Jean Ranc, Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715)

Hyacinthe Rigaud y Ros, Louis XIV (1638-1715)

Hyacinthe Rigaud y Ros, Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715)

Anonyme, Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715)

Anonyme, Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715)

Anonyme, Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715)

Anonyme, Portrait de Louis XIV en buste

Anonyme, Portrait de Louis XIV

Anonyme, Louis XIV tenant le plan de la maison royale de Saint Cyr

Jean Garnier, Louis XIV avec instruments de musique, fleurs et fruits

Charles Le Brun (atelier), Allégorie à la gloire de Louis XIV

Michel Corneille, dit Corneille l'Ancien, Allégorie à la gloire de Louis XIV

Antoine Coypel, Allégorie à la gloire de Louis XIV

Charles Le Brun (école), Actions de grâce de Louis XIV

Noël Coypel, Anges présentant le médaillon de Louis XIV


Evénements divers


Nicolas Mignard, Ex-voto de Louis XIV. 1658

Anonyme, Allégorie du mariage de Louis XIV. 1661

Charles Le Brun, L'ordre rétabli dans les finances. 1662

Adam Frans van der Meulen, d'après Charles Le Brun, Louis XIV reçoit au Louvre les ambassadeurs des treize cantons suisses. 11 novembre 1663

Adam Frans van der Meulen (école), Entrée de Louis XIV et de Marie-Thérèse à Arras. 30 juillet 1667

Adam Frans van der Meulen, Entrée de Louis XIV et de Marie-Thérèse à Arras. 30 juillet 1667

Adam Frans van der Meulen, Entrée de Louis XIV et de Marie-Thérèse dans la ville de Douai. 23 août 1667

Anonyme, Louis XIV tenant le sceau. 1672

Claude Guy Halle, Réparation faite à Louis XIV par le doge de Gênes. 15 mai 1685

Guy Louis Le Vieux Vernansal, Allégorie de la Révocation de l'Edit de Nantes. 18 octobre 1685

François Marot, Institution de l'ordre militaire de Saint-Louis. 10 mai 1695

Antoine Pesey, Louis XIV reçoit le serment de Dangeau, grand maître des ordres de Notre-Dame-du-Mont-Carmel et de Saint-Lazare. 18 décembre 1695

Louis de Silvestre, dit Silvestre le Jeune, Louis XIV reçoit à Fontainebleau le Prince électeur de Saxe. 27 septembre 1714

Antoine Coypel, Louis XIV reçoit les envoyés de la Perse dans la galerie des glaces. 19 février 1715


Louis XIV en famille


Jean Nocret, La famille de Louis XIV